Une aventure de poche #5… 272 km à vélo, pour remettre une bague de fiançailles

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La course Paris-Roubaix se tenait ce jour-là. Est-ce cette coïncidence qui m’a mis en selle, dès six heures du matin, sur le seuil de ma maison bordelaise ? En tout cas, me voici lancé dans un projet peu raisonnable — il l’est, considérant le type d’engin que j’enfourche (pesant vélo de ville) et ma propre morphologie (davantage celle d’un montagnard que d’un cycliste) : rallier Toulouse à vélo, d’une traite. Selon l’itinéraire choisi, la distance oscille entre 265 et 290 km — tout à fait à la portée d’un coureur du tour de France, mais j’ignore si j’en serais capable, moi peu adepte du cyclotourisme.
Départ sous une pluie fraîche. Les six degrés de température contractent mes phalanges sur le guidon de la bicyclette. J’enfile la piste Roger Lapébie qui tire son goudron à angle droit de la Garonne. Cinquante kilomètres de faux plat qui achèvent de me réveiller. Il est rare que je commande un coca en terrasse. Mais, derrière ce premier effort, j’ai bien besoin d’un shoot sucré.

Avant de rejoindre le « canal latéral à la Garonne« , ou « canal de l’entre-deux mers » qui me garantit, à tout le moins, un plat régulier jusqu’à destination, je dois affronter des côtes sévères et des montées casse-mollets pendant une trentaine de kilomètres. Dieu, que c’est dur, le vélo…
Enfin, le canal. Lisse et rectiligne, autorisant le pédalage régulier et la vitesse de croisière, même si d’innombrables écluses, doublées de ponts, m’imposent tous les cinq cents mètres de monter en danseuse sur ma selle. Tant mieux, cependant, cela soulage un peu mes fesses à la torture.
La nuit tombe peu après Agen, et le sandwich mâché sur la terrasse du Café-Vélo auquel j’ai consacré l’an dernier un petit film. Plus personne ne me dispute le goudron. Sauf quelques ragondins s’empêtrant dans ma roue arrière, et des nuages de moucherons qui s’enroulent à mon visage telle une écharpe floue.

Vers minuit, les assauts du sommeil se font plus lourds. Je dois, à cinq reprises, m’étendre sur le goudron pour une sieste glaciale. Interminable zone industrielle au nord de Toulouse, SDF halluciné qui titube pieds nus au milieu des rats, grilles de chantier interrompant la voie verte que je contourne effrontément… et me voici enfin devant l’immeuble de ma fiancée, à qui j’ai voulu faire cette visite surprise.

Il est six heures du matin. Voici, à quelques minutes près, vingt-quatre heures que je suis en selle.
Seulement, à cette heure de la nuit, le carillon de l’immeuble ne sonne pas chez elle, mais renvoie sur son téléphone réglé en mode avion. Moi qui rêvais d’une bonne douche… J’attends encore trois heures, errant par les rues de Toulouse, buvant quelques cafés debout au comptoir, avant de conclure cette drôle d’aventure pédalée.
Vivement la prochaine !

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